Les statuts d'une fondation familiale peuvent-ils subordonner le versement des prestations à la religion professée ?

Auteurs : Tatiana Bashkyr, Stanisław Wądołowski

La loi sur les fondations familiales accorde aux fondateurs une grande liberté quant à l'élaboration des règles de leur fondation. La réglementation impose relativement peu de restrictions sur les personnes pouvant être bénéficiaires ou sur les conditions à remplir pour percevoir les prestations. Toutefois, en pratique, la question se pose de savoir si les limites de cette liberté s'étendent à la possibilité de subordonner le droit aux prestations de la fondation à des critères tels que la religion, le sexe ou l'orientation sexuelle.

La loi sur les fondations familiales permet-elle de subordonner le droit aux prestations au respect de certaines conditions ?

Conformément à l'article 34 de la loi sur les fondations familiales, les prestations d'une fondation familiale peuvent être accordées sous certaines conditions ou sous réserve d'un délai.À la date de rédaction de cet article, aucune décision de justice n'a encore été rendue définissant les limites juridiques dans lesquelles les conditions de versement des prestations pourraient être établies ; par conséquent, les analyses ultérieures doivent se fonder sur nos propres analyses et sur les acquis de la doctrine juridique.

À titre d'information, il convient également de noter que l'article 26, paragraphe 2, point 4, précise que les bénéficiaires peuvent être désignés selon des critères objectifs. Il s'agit généralement des descendants du fondateur, mais les dispositions de la loi indiquent que d'autres personnes peuvent également en faire partie.

La littérature que nous avons analysée montre que Les critères qui subordonnent le versement des prestations à des facteurs tels que l'atteinte d'un certain âge (maximum et minimum), le mariage, la naissance d'enfants ou l'achèvement d'un certain type d'études sont sans aucun doute admissibles. Dans son commentaire, le rabbin Adamus soutient qu'il est également possible de subordonner le versement des prestations à l'appartenance à une religion ou à une association religieuse donnée. La même publication indique également qu'il est permis d'utiliser une fondation familiale pour subventionner une association religieuse de son choix, ainsi que les fidèles du fondateur.

D'autres auteurs (P. Bender, J. Miłaszewski) vont plus loin : dans le commentaire de la loi sur les fondations familiales édité par K. Osajda, ils affirment que Même s'il est difficile de le justifier objectivement, le fondateur peut subordonner l'obtention du statut de bénéficiaire à des facteurs tels que le sexe, la religion, l'orientation sexuelle ou l'état civil des parents au moment de la naissance. Il convient toutefois de noter que les auteurs du commentaire ont souligné que la loi doit être conforme aux lois généralement applicables, y compris la Constitution.

Inacceptable Il s'agit de subordonner l'octroi d'une prestation à la réalisation, par le bénéficiaire, de conditions contraires à la loi ou aux principes de la vie en société. En particulier, il serait illégal de subordonner le versement d'une prestation à la commission d'un acte prohibé, tel qu'un délit ou un crime. Les dispositions qui enfreignent ces principes doivent également être jugées contraires à la vie en société. exigeant du bénéficiaire qui rompt les contacts avec les membres de sa famille ou restrictions à ses droits et libertés fondamentaux, Cela inclut le droit à la libre circulation. Il serait également inacceptable d'exiger du bénéficiaire qu'il achève sa scolarité avant l'âge de 18 ans, car cela serait contraire à la loi applicable. De même, imposer à un mineur l'obligation d'exercer un emploi dans un délai déterminé devrait être considéré d'un mauvais œil, surtout si le mineur est encore scolarisé au secondaire et que le travail effectué ne fait pas partie de son programme d'enseignement ou de sa formation professionnelle. De telles dispositions pourraient être jugées contraires aux principes de la vie en société et, par conséquent, nulles.

Il convient également de noter que la liberté du fondateur ne se limite pas à la définition du groupe de bénéficiaires et des modalités de versement des prestations. Le fondateur peut stipuler que les fonds transférés au bénéficiaire doivent être affectés à des objectifs précis. Par exemple, bien que le bénéficiaire d'une fondation familiale ne puisse être qu'une personne physique ou une organisation non gouvernementale expressément désignée par la loi, le fondateur peut exiger du bénéficiaire qu'il consacre une partie des prestations reçues à l'entretien et aux soins de ses animaux, notamment en couvrant les frais vétérinaires, l'alimentation et autres dépenses liées à leur bien-être. Ceci illustre la grande liberté dont dispose le fondateur pour poursuivre des objectifs personnels et familiaux par le biais d'une fondation familiale.

Que dit la Constitution à ce sujet ?

Il convient de rappeler que ni les dispositions législatives, ni les dispositions contractuelles ou législatives ne peuvent être contraires à la Constitution. L'article 32, paragraphe 2, de la Constitution dispose, quant à lui, que Nul ne peut faire l'objet de discrimination dans la vie politique, sociale ou économique, quel qu'en soit le motif.

Notons toutefois que la communauté juridique (par exemple P. Tuleja dans son commentaire sur la Constitution) indique que la discrimination consiste en Différenciation injustifiée fondée sur des caractéristiques objectives. Dans ce cas précis, la question essentielle est celle de la justification, ou de son absence. Par conséquent, à notre avis, limiter le versement des prestations d'une fondation aux seules personnes d'un genre ou d'une orientation sexuelle spécifique engendre un risque de discrimination bien plus important que, par exemple, limiter ces versements aux personnes ayant des opinions politiques différentes de celles du fondateur.

Il convient de noter qu'outre la Constitution, il faut également tenir compte des dispositions du Code civil. Selon l'article 58 du Code civil, sont nuls les actes contraires à la loi, destinés à la contourner ou contraires aux principes de la vie en société. Une fois encore, il s'agit de notions imprécises, mais il est important de souligner que l'article 32 de la Constitution et l'article 58 du Code civil limitent clairement la liberté d'accomplir des actes légaux.

Les bénéficiaires d'une fondation peuvent-ils faire l'objet de discrimination ?

Il convient de noter que la vocation première de la fondation est d'accumuler et de gérer des biens dans l'intérêt de ses bénéficiaires, le fondateur ayant la possibilité de définir précisément l'objet de la création et de la gestion de cette entité juridique. Les dispositions de la loi indiquent clairement que l'intention du législateur était de créer un outil permettant une transmission efficace du patrimoine entre les générations. Elle constitue donc, en quelque sorte, un complément au testament ou à la succession légale.

Bien que le droit civil polonais dispose d'un système juridique relativement strict en matière de réserve héréditaire, le testateur jouit d'une grande liberté dans la rédaction de son testament et peut, sous certaines conditions légales, déshériter une personne. Les décisions prises n'ont pas à être justifiées, et contester la déshéritation d'une personne séparée du testateur peut s'avérer extrêmement complexe. De ce fait, un testateur suffisamment motivé peut exclure une personne de sa succession sans avoir à justifier sa position. Une telle décision peut reposer sur un désaccord (par exemple, une différence de religion) ou sur des choix de vie de l'héritier (par exemple, une relation avec une personne désapprouvée par le testateur).

Étant donné que le testateur jouit d'une grande liberté lors de la rédaction d'un testament, il serait logique de supposer que le fondateur d'une fondation familiale puisse également en façonner les statuts conformément à ses convictions. Cette position est étayée par la doctrine juridique (R. Adamus), selon laquelle la loi sur les fondations familiales n'impose pas l'obligation de traiter les bénéficiaires de manière égale. Il semble toutefois que, compte tenu du niveau de détail de certains règlements, l'absence d'une telle disposition soit délibérée.

Il convient de souligner que la science juridique a identifié deux types de critères, y compris pour la désignation des bénéficiaires. critères simples et complexes :

  • Critères simples – nous l’entendons comme la nécessité de remplir une condition, par exemple atteindre l’âge de 30 ans, terminer ses études, donner naissance à un enfant,
  • Critères complexes – comprise comme une combinaison d’au moins deux conditions : avoir terminé ses études et atteint l’âge de 30 ans, fonder une famille et travailler simultanément pendant au moins 5 ans dans une entreprise familiale.

Lors de la désignation des bénéficiaires d'une fondation, les deux types de critères peuvent être appliqués. Selon nous, le tribunal évaluerait chaque condition individuellement, ainsi que leurs combinaisons. Autrement, des structures à plusieurs niveaux contournant l'interdiction de discrimination seraient légales.

Toutefois, nous ne jugerions pas problématique de différencier les bénéficiaires en fonction de facteurs sur lesquels ils ont une influence. Ainsi, les prestations pourraient être révoquées ou limitées pour les personnes aux prises avec une dépendance, le statut de bénéficiaire pourrait être conditionné à l'obtention d'un diplôme, et des prestations pourraient être accordées à ceux qui décident de fonder une famille. Nous estimons également acceptable de moduler la fréquence, la durée, le niveau de priorité, etc., des prestations.

Quand le statut de bénéficiaire peut-il dépendre de critères objectifs ?

Nous avons été inspirés pour écrire cet article par une affaire réelle sur laquelle nous avons enquêté. la nécessité d'enregistrer une fondation familiale pour notre client. Après avoir examiné toutes les sources disponibles, nous avons conclu que Ce type de réserves ne devrait être introduit qu'après analyse d'un cas spécifique et il est impossible d'établir une règle de conduite imposée d'en haut. Nous pouvons toutefois indiquer plusieurs situations de fait dans lesquelles il serait permis de subordonner le statut de bénéficiaire à des critères objectifs, ainsi que plusieurs situations dans lesquelles une discrimination est très probable.

Appartenance à une association religieuse

La doctrine juridique suggère qu'un fondateur peut subordonner le statut d'un bénéficiaire ou son droit à certains avantages à son appartenance à une association religieuse ou à une religion spécifique. L'argument avancé en faveur de cette position repose sur le large pouvoir discrétionnaire du fondateur quant à la définition des objectifs d'une fondation familiale et des principes régissant l'octroi des avantages aux bénéficiaires. Il convient toutefois de souligner que cette question soulève d'importantes incertitudes juridiques et que l'absence de jurisprudence établie empêche de déterminer clairement la légalité de telles dispositions. Une évaluation au cas par cas de leur conformité aux dispositions légales s'avère nécessaire, notamment au regard du principe constitutionnel d'égalité et de l'interdiction de toute discrimination.

Plec

En pratique, il est possible de subordonner le statut de bénéficiaire ou son droit aux prestations au maintien d'un lien familial spécifique. Par exemple, la belle-fille du fondateur est présumée demeurer bénéficiaire tant qu'elle est mariée à son fils, ou pendant sa grossesse. Toutefois, une plus grande incertitude peut surgir lorsque la situation des bénéficiaires est différenciée uniquement en fonction du sexe. D'une part, le fondateur dispose d'une grande latitude pour définir les principes de fonctionnement de la fondation familiale ; d'autre part, les dispositions statutaires doivent être conformes aux dispositions légales, notamment au principe constitutionnel d'égalité et à l'interdiction de toute discrimination. L'évaluation de la recevabilité de telles solutions nécessiterait une analyse au cas par cas de l'objectif de la disposition, de sa proportionnalité et des circonstances propres à chaque cas.

orientation sexuelle

Il n'existe actuellement aucune jurisprudence établissant clairement la légalité de subordonner l'octroi d'une aide financière à l'orientation sexuelle. Toutefois, il convient de supposer qu'un tel critère serait particulièrement difficile à défendre en cas de litige, compte tenu du principe constitutionnel d'égalité et de l'interdiction de toute discrimination. Parallèlement, il est important de distinguer les critères directement liés à l'orientation sexuelle des conditions liées à des événements de vie spécifiques, tels que le mariage ou la naissance d'enfants, qui peuvent généralement être pris en compte pour déterminer les modalités d'octroi des aides. Cependant, l'évaluation de telles dispositions nécessiterait une analyse au cas par cas de l'objet de la fondation et des circonstances propres à chaque situation.

Il convient également de rappeler que la réglementation en matière de droit de la famille est susceptible d'évoluer, ce qui influe sur l'appréciation des effets de certaines dispositions législatives. L'introduction d'une condition supplémentaire exigeant que le mariage soit conclu uniquement avec une personne d'un sexe spécifique pourrait accroître le risque de contestation de cette disposition pour violation du principe d'égalité de traitement.

Appartenance ethnique et nationale

Il serait tout aussi improbable d'insérer dans la loi une disposition permanente et effective qui subordonnerait le statut du bénéficiaire à sa nationalité, à la couleur de sa peau ou au pays d'origine de ses parents. Bien qu'il ne s'agisse que de suppositions, le fondateur pourrait vraisemblablement subordonner le statut du bénéficiaire à la citoyenneté, celle-ci dépendant bien davantage de la volonté de l'individu. Cette hypothèse est également étayée par l'existence, dans le système juridique polonais, de dispositions qui subordonnent la possession de certains droits à la citoyenneté, et non à l'identité nationale ou au pays de naissance.

Comment rédiger une loi régissant les fondations familiales qui ne sera pas contestée par les tribunaux ?

Comme toujours, la sécurité et la stabilité des transactions juridiques dépendent de nombreux facteurs, notamment du contexte culturel et social, des circonstances de fait et des véritables motivations du fondateur. Bien que nous estimions actuellement que le risque de litiges liés à des dispositions discriminatoires dans la loi soit modéré, la situation pourrait évoluer considérablement d'ici 10, 20, voire 40 ans.

Avant toute chose, il convient d'examiner la finalité des restrictions spécifiques. Visent-elles à sécuriser le patrimoine à long terme ou à influencer les choix de vie des descendants du donateur ? Existe-t-il une justification logique pour limiter les bénéficiaires à des personnes d'un genre ou d'une orientation sexuelle spécifique ?

La loi devrait également permettre de reconstituer le raisonnement du fondateur. Favoriser les individus d'une confession particulière sera d'autant plus justifié si le fondateur a fait preuve d'un engagement religieux constant tout au long de sa vie. Cela ne signifie évidemment pas qu'une telle action soit entièrement permise, mais dans cette perspective, exclure les individus ayant des convictions religieuses différentes pourrait ne plus être totalement contraire aux principes de la coexistence sociale.

De plus, la rationalité doit toujours prévaloir. Une condition limitant l'accès aux prestations sera bien plus facile à défendre qu'une condition les interdisant totalement. Il sera plus aisé de priver de prestations les parents éloignés ou les partenaires informels des enfants, mais bien plus difficile d'en exclure les conjoints, les enfants ou les petits-enfants.

Fondation familiale ? Uniquement avec l’aide d’un avocat

Enfin, il convient de souligner que, du point de vue de la sécurité du patrimoine, le recours à une assistance juridique est essentiel. Compte tenu de la valeur souvent importante des actifs et de l'horizon de gestion à long terme du capital investi, chaque fondateur devrait veiller à l'établissement d'un statut sécurisé et difficilement contestable. Toute tentative de rédaction d'un tel document par ses propres moyens peut avoir des conséquences désastreuses, notamment en cas d'invalidation par un héritier exclu.

Si vous envisagez de créer une fondation familiale et souhaitez définir des modalités spécifiques dans vos statuts, n'hésitez pas à nous contacter. Nous serons ravis de vous aider.