Nouvelles obligations d'information liées à la loi « lanceur d'alerte »

Auteur : Piotr Taras LL.M.

La directive (UE) n° 019/1937 du Parlement européen et du Conseil du 23 octobre 2019 sur la protection des personnes signalant des violations du droit de l'Union (JO L 305 du 26.11.2019) impose aux États membres d'adopter des réglementations obligeant les entreprises à mettre en œuvre des procédures internes pour signaler les irrégularités et protéger les personnes qui le font, appelées lanceurs d'alerte. La date limite de mise en œuvre de la directive est le 17 décembre 2021.

I. Statut de la loi d'application polonaise

Le 18 octobre 2021, le projet de loi polonais, accompagné de son exposé des motifs, a été publié et une consultation publique de 30 jours a débuté. L'ensemble du processus législatif devrait être achevé au plus tard le 17 décembre 2021. Le projet de loi prévoit également une période de vacatio legis de 14 jours. Par conséquent, la loi devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2022.

II. À qui s’applique la loi?

Selon le projet de loi, la loi s'appliquera aux employeurs d'au moins 50 salariés. Les entités opérant dans des secteurs tels que les services financiers, la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, la sécurité des transports et la protection de l'environnement, entre autres, seront tenues de se conformer à la loi, quel que soit le nombre de salariés. D'autres entités pourront mettre en place un système de protection des lanceurs d'alerte sur une base volontaire.

Dans le cas des entités opérant dans le secteur privé qui emploient au moins 50 et moins de 250 salariés, l'arrêté portant introduction d'une réglementation appropriée ne s'appliquera qu'à partir du 17 décembre 2023.

III. Quelles obligations la loi impose-t-elle ?

L'objectif principal de la réglementation introduite est de protéger l'identité de la personne qui soumet le signalement et de la personne signalée. Par conséquent, la loi impose l'obligation de mettre en place un système interne de lancement d'alerte (procédure de signalement interne), destiné à garantir un niveau de signalement approprié. Les employeurs seront responsables de la mise en œuvre de cette procédure interne. Parallèlement, la loi introduira un certain nombre de dispositions protectrices pour les lanceurs d'alerte, notamment l'interdiction de licenciement ou de suspension de promotion.

IV. Quelles irrégularités seront signalées ?

Le projet de loi suppose que les employés signaleront toute violation, c'est-à-dire toute action ou omission illégale ou destinée à contourner la loi, notamment :

  1. a) la loi relative à la fourniture de services financiers,
  2. b) les réglementations relatives à la fiscalité des sociétés,
  3. c) les réglementations relatives à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme,
  4. d) le droit des marchés publics,
  5. e) droit de la protection de l'environnement,
  6. f) la loi sur la protection des consommateurs,
  7. g) les lois sur la protection de la vie privée et des données personnelles,
  8. h) la sécurité des réseaux et des systèmes informatiques,
  9. i) le marché intérieur de l’Union européenne, y compris les règles en matière de concurrence et d’aides d’État.

V. Éléments de la procédure interne

Dans le cadre de la procédure interne, les employeurs seront tenus d'introduire des règles de déclaration, qui préciseront, entre autres :

  1. a) une entité interne autorisée à recevoir des rapports,
  2. b) les modalités de soumission des rapports,
  3. c) l'obligation de confirmer la réception de la notification dans un délai de 7 jours,
  4. d) des informations indiquant si la procédure interne comprend l’acceptation de rapports anonymes,
  5. e) une entité indépendante sur le plan organisationnel, autorisée à prendre des mesures de suivi, c'est-à-dire des mesures visant à évaluer la véracité du rapport, à mener une enquête interne, des procédures explicatives, à porter des accusations ou à prendre des mesures pour recouvrer des ressources financières,
  6. f) les mesures de suivi prises par l'employeur pour vérifier les informations sur les violations signalées de la loi et les mesures qui peuvent être prises si une violation est confirmée,
  7. g) des informations claires et sans ambiguïté sur la procédure de soumission des rapports externes aux autorités publiques.

Une fois le règlement adopté, ses dispositions entreront en vigueur deux semaines après sa communication aux employés, conformément aux procédures de l'employeur. De plus, chaque nouvel employé devra se familiariser avec le règlement avant de commencer à travailler.

VI. Responsabilité pour manquement à une obligation

La loi prévoit une responsabilité pénale pour un certain nombre d'infractions, notamment le fait qu'un employeur qui n'a pas établi de procédure interne pour signaler les infractions à la loi et prendre des mesures de suivi peut être accusé d'avoir commis une infraction passible d'une amende, d'une restriction de liberté ou d'une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 3 ans.